Une bouteille à la mer...lettre d'une bergère du vercors
Réponse à la lettre de Anita Jouffrey,
Berger et l’autre monde Berger, un métier en péril Une bouteille à la mer
Ce soir, je suis descendue de l’alpage, triste, une envie de vomir, je ne sais plus…
Mon troupeau je l’ai quitté avec la montagne qui l’entoure. Ce soir,.j’ai laissé ,mon mari seul avec ses chiens…je l’aie laissé seul à gérer l’autre monde, le monde citadin qui nous apprécie pour leur plaisir personnelle celui du loisir de se promener dans un espace dit de sauvage. J’ai laissé le berger seul face à l’autre monde, celui qui pense nous aider par leurs aides diverses.
Cet été, le loup passe. Nous savons sa présence ; les énervements des chiens nous le confirment. Si nous avons la chance de ne pas avoir cette année la meute de loups, d’autres subissent ce que nous avons connu en 2005. Les administrations ne bougent pas. Ils nous font croire et font semblant d’avancer à petits pas. Personne ne veut prendre de réelles décisions, tous suivent les règles dictées par l’état….Dommage…
Pour l’instant, triste réalité, ils veulent garder leurs loups, leurs ours et leur réintroduction !
Une fois de plus, le constat ce soir me revient, l’énorme erreur qu’ils ont fait.
Ils veulent casser, bafouer notre métier…choix de notre vie, vie d’espoir .
Espoir de trouver de l’herbe pour nos troupeaux, espoir d’attendre les naissances, espoir de revoir le soleil après les jours de garde dans le brouillard…le berger est ainsi fait….
Ce soir, une fois de plus, je pleure le métier que j’ai choisi. Le choix d’une vie, vie avec le troupeau, observant les bons coins à pâturer, regardant le troupeau manger paisiblement au rythme des sonnailles….Le berger ne dérange jamais son troupeau, il le garde et le contourne donnant la bonne direction.
Le berger pâture des montagnes privées ou publiques. Ils entretiennent ses lieux
Le constat actuelle est une triste réalité….deux mondes opposés…
Ces personnes qui vont et suivent leur chemin. Rien ne les arrête, le troupeau fait partie du paysage, ils le traversent, dérangent le rassemblement des animaux, prennent des photos et trouvent que le paysage est merveilleux
Crient aussi quand les chiens refusent qu’ils traversent le troupeau
Ou nous ignore complètement…
Pourquoi ne rendent-ils pas compte qu’ils sont sur un territoire occupé, que l’on pourrait partager ensemble ? Ne se rendent-ils pas compte que le berger veille aussi sur eux ?
C’est le berger qui bouge son troupeau par apport au passage de tout ce peuple.
C’est lui, berger qui veille à l’énervement de ses chiens, lorsque ceux-ci sentent le danger
Ces personnes ne respectent ni le berger, ni le troupeau, niles chiens…et pourtant,
Il est tellement agréable de recevoir un regard, une parole, un geste ou une attitude qui ne dérange pas l’ensemble des animaux paisibles .Ca existe mais c’est si rare….
Ce soir, la bergère est fatiguée et je pleure le métier que j’ai choisi. Depuis quelques années le changement s’annonçait, je croyais à l’évolution de la conscience, je croyais à une reconnaissance de notre identité. Dommage…Le regard réel n’existe plus à la montagne, nous sommes devenus les Indiens dans les réserves ….Dommage…..
Lueur d’espoir ce soir, en pensant à tous nos bergers, qui vivent les deux fléaux actuels,
Nous ne pouvons compter que sur notre solidarité et qui sais peut-être…
Sincèrement à tous Catherine Bouvarel Alpage de Fond-d’Urle Le 15 septembre 07
